Je ne voyage pas souvent. Par ce que ça devient cher, et surtout, il m’arrive toujours des aventures…
Ainsi, samedi 13 septembre au matin, alors que je rendais peinard chez mon pote ELSince, près de Pau, rien que pour la détente, ou presque, vu qu’on devait parler de TAZ Network, je fus témoin d’évènements étranges et pour le moins inquiétants.
Déjà à Toulouse Matabiau, j’avais été surpris par une cohorte de drôles de gens, majoritairement habillés en bleu marine, l’air à la fois pincés et pourtant guillerets, qui chantonnaient d’étranges chants. Bon, voilà qu’ils montent tous dans mon train, non, que je me dis, ELSince me fait une blague, c’est une teuf surprise qui s’annonce, ou alors il se prépare « une manif de droite ». Chouette !
Et voilà qu’ils se mettent à chanter, dans tous les wagons, des chants d’un autre âge ! Plus loin, des scouts d’Europe, arborant de grandes bannières ornées de la croix vendéenne et de la fleur de Lys. J’ai l’impression qu’ils chantent «Chouans, en avant », ou un truc du genre.
On échappe de peu à : « C’est nous les gars de la Marine » le futur hymne du FN, ils ne se rappelaient plus les paroles... A voir tous les « Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles, La Croix » et autres revues progressistes qu’ils déplient, je dois me rendre à l’évidence, ce sont d’authentiques corbeaux. Je trouve enfin en cherchant bien, un compartiment garni de gens normaux.
Ouf ! Afin de dissuader un calotin de venir nous importuner, je laisse négligemment trainer, ouvert à la page 2, le tout-nouveau Siné Hebdo qui nous prouve derechef son utilité.
Un excellent dessin et un titre taquin : Un défilé excentrique, des hommes extravertis, des vêtements extravagants, pas de doute, c’est la Gay Pride ! Ca marche, la barrière invisible fonctionne. Vade Retro Papas !
Bon, dans le compartiment on arrive à parler un peu avec ces braves gens qui s’avèrent tous et toutes un peu rebelles, à leur manière. Peinards, entre chants grégoriens et chants scouts, du moins le croyais-je jusqu’à l’arrivée à Tarbes, dernière gare avant Lourdes, juste à l’heure de l’apéro.
Une annonce laconique, dont la SNCF a le secret et le brevet mondial : Suite à un accident sur la voie, notre train reste stationné en gare de Tarbes.
Consternation parmi les pèlerins, « Comment ? Le ciel nous abandonne, à la toute fin d’une si longue route ». Les plus anciens sont plus calmes, sans doute la foi plus profonde, ou prient-ils déjà, justement, pour qu’on reparte au plus vite. Les scouts d’Europe et un groupe de mama's africains sont effondrés.
Je leur explique, d’un air faussement compatissant, que c’est la faute au Pape. Il ne faut pas trop en vouloir à Saint Christophe, tout occupé qu’il est à veiller spécialement sur le voyage de sa sainteté, qu’il en a négligé de surveiller les passages à niveau, qui en ont pourtant bien besoin, depuis que la SNCF et RFF (obligation de rentabilité oblige, rognent sur tous les investissements de sécurité pourtant indispensables).
Je rajoute perfidement, mécréant que je suis, au pif car je n’en sais rien, que c’est un camion officiel du «Papa Mobile Tour » qui a été coupé en deux par le train qui nous précède. Silence de glace. Le plus malin d’entre eux flaire la mauvaise plaisanterie. Je m’enfuis, alors que certains commencent à dégainer les crucifix, échappant de peu aux projections d’eau bénite...
Bon, assez rigolé, je me rappelle qu’il m’arrive de faire le journaliste indépendant pour le ouèbe, je vais donc enquêter pour TAZ NETWORK. A la manière de l’usager (pardon, le client) Lambda, je cuisine le troll (controleur), la milice ferroviaire, les agents de quai et même la chef de gare. Il apparait d’emblée, que la SNCF a un mal fou à obtenir des infos de RFF, qui gère les voies. Déjà qu’avant la SNCF avait du mal à communiquer, mais après dépeçage, les deux sociétés ont du mal à coopérer et jouent au ping-pong.
Vive le libéralisme, vive Bruxelles !
On est tout de même resté cloués 1 h oo au buffet, sans pouvoir quitter la gare, attendu que personne ne savait à quel moment le train repartirait. Bravo ! en trois minutes, les pèlerins se jetés sur toutes les boissons gazeuses et la 1664... Heureusement, ils nous ont laissé la gueuse pression. Faut ce qu'il faut, et tenir son rang quelques soient les avanies qu'on subit, disait mon grand-père.
Voici donc le résultat de mon enquête exclusive, alors qu’aucun média n’a traité sérieusement cette info, autrement que par une courte dépêche :
« Il était près de 11h 30, ce matin, quand un train de voyageurs a percuté une camionnette benne sur un passage à niveau, entre Tarbes et Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées. Le chauffeur de la camionnette, légèrement blessé, a été transporté à l'hôpital de Tarbes. Dans le train, 350 pèlerins se rendant à Lourdes pour la visite du pape Benoît XVI. Aucun passager n'a été blessé lors de l'accident.
La SNCF a tenu à préciser que le passage à niveau "avait bien fonctionné".
Pour la préfecture des Hautes-Pyrénées "le chauffeur de la camionnette benne aurait forcé le passage alors que les feux clignotaient et que les barrières allaient se baisser."
Mon enquête :
De fait, le train de pèlerins à bien percuté une camionnette benne sur le passage à niveau, entre Starbes et Lourdes. L’homme, un brave paroissien de Gan, près de Pau, transportait une benne remplie à raz bord d’eau bénite, et ce sans aucune mesure de protection, benne qui devait trôner à l’entrée de la messe en plein air, sous la basilique de Lourdes. Les cahots de la route firent que la cabine fut bientôt envahie du dangereux liquide.
Intoxiqué par les vapeurs toxiques, le malheureux chauffeur eu soudain une vision, à l’entrée de Starbes, juste avant le passage à niveau. Le beau visage, gigantesque, de la Madone, flottait dans le ciel de l’autre coté de la voie, entouré de clignotants orange du plus bel effet. La voie a beau être étroite, surtout pour les vierges, comme dit le Dalai-Lama, il ne faut pas y laisser stationner sa camionnette-benne en panne. Car, bien trop chargée à "les cieux", la benne d’eau bénite resta coincée entre les rails. Le chauffeur, l’air complètement halluciné, oublia tous ses devoirs et couru vers la brune Madone en criant « Mon désir va venir ! »
D’après un témoin, il s’agirait en fait d’une veille affiche, un peu délavée, datant des érections pestilentielles et ventant les mérites d’une certaine Marie-Ségolène Royal. Pas de Pot, c’est alors que le train de Pau arriva. Et boum ! En fait, c’est en essayant de maitriser le forcené que nos vaillantes forces de police ont quelque peu blessé l’individu.
Moralité : On savait déjà que les religions étaient dangereuses pour l’esprit, on doit aujourd’hui en conclure que le fanatisme en politique l’est tout autant.
Sousmarinvert, pour TAZ Network.
Après un excellent séjour chez ELSince, bon, sauf qu’on est parti en montagne cueillir des champignons et que ces cons de moutons avaient tout bouffé et qu’ils se foutaient de notre gueule en venant nous bêler dans les oreilles et en nous regardant d’un air narquois, pour le reste, c’était parfait….
N’empêche qu’au retour, lundi, j’ai été bien puni d’avoir fait le mécréant quand mon compartiment a été soudainement envahi à Lourdes, par les mêmes... plus fatigués, chantant moins fort (on est sans voix d’avoir tant chanté…) mais affichant le sourire niais, béat de ceux qui ont enfin pu approcher leur idole.
Bis repetita (moi aussi j’ai fait du latin…) J’exhibe mon Siné Hebdo à la page 2 pour éloigner les impétrants mais n’échappe à l’envahissement, sans doute sont-ils immunisés pour un temps.
Un grand nigaud, santiags aux pieds, bracelet chrétien des catacombes au poignet (signe des poissons- doit être membre de la secte des charismatiques) s’installe et se met à réciter son chapelet en silence, tandis qu’un curé noir, sapé comme un chef, passe son temps à piailler dans son insu-portable, racontant à toute sa famille comment il a pu visiter Lourdes, la grotte, mais surtout entendre et voir son idole.
Bon, je suis méchant, ils n’ont pas l’air plus cons que des fans de Johnny sortant de son concert au Stade de France.